mercredi 26 juillet 2017

La dette ?.. Quelle dette ?

C'est une logique que tout le monde peut comprendre : la France est endettée et pour rembourser sa dette, il lui faut soit augmenter les impôts, soit réduire les dépenses publiques.

Le raisonnement parait imparable, d'autant plus quand il prend la forme d'un syllogisme :
• La France est endettée
• or elle doit rembourser sa dette
• donc elle doit réduire son train de vie
Imparable, on vous dit.

Mais là, une autre logique, moins formelle peut-être, entre en jeu : la logique empirique, quasi-scientifique puisqu'issue de l'expérience. Et que dit-elle, cette logique empirique ? 
"ON NE POURRA PAS REMBOURSER CETTE DETTE." 
Et de nombreux économistes, pour ne pas dire tous, sont d'accord sur ce constat : cette dette n'est pas remboursable en principal, seulement en intérêts. C'est à dire ? Que parvenue à 100% des richesses produites par la France en un an (le PIB), la dette, comme Achille avec la tortue, est devenue irrattrapable, puisqu'il faut continuer à l'accroître pour en rembourser seulement les intérêts : le paradoxe de Zénon contre le syllogisme de Socrate !


Maintenant, raisonnons par l'absurde : imaginons que nous devions rembourser intégralement cette dette auprès de nos créanciers le plus vite possible. 
Comment l'État pourrait-il rembourser rapidement deux mille deux cent vingt cinq milliards d'euros, sachant que son budget est d'environ trois cent quatre-vingt milliards ?.. Une division toute bête : 2225 / 380 : il faudrait que le budget de l'État soit versé aux créanciers en intégralité pendant presque six ans. En considérant bien sûr que pendant ces six années le PIB reste à peu près inchangé, donc les recettes de l'État également.

C'est là que le bât blesse.

Si le budget de l'État ne rembourse que la dette, il ne fait rien d'autre pendant six ans ! Pas d'investissements, pas d'infrastructures, pas de salaire aux fonctionnaires (5,4 millions d'employés...), pas de dotations aux collectivités, pas de subventions aux entreprises, pas un sou d'indemnité aux élus...

Impossible de créer la moindre richesse avec une telle saignée. Donc les recettes choient, dès les premiers mois de la première année, et on retrouve le serpent de mer plus venimeux encore qu'auparavant : dette irremboursable... puisque le pays est exsangue, à genoux, ruiné !
Aujourd'hui les politiques disent "oui, la situation est tendue, c'est pourquoi nous devons jouer finement sur les curseurs." En jouant "finement sur les curseurs", c'est à dire en remboursant 45 milliards d'intérêts par an, il faudrait 50 ans pour rembourser... si on ne continuait pas à emprunter chaque semaine.  
Or, chaque jour, la France continue d'accroître la dette à raison de 2665 euros PAR SECONDE !
Et la majeure partie de la dette actuelle est constituée des intérêts que l’État a versé annuellement au titre de sa dette depuis 1979 ! Donc la spirale, par quel que bout qu'on la prenne, est quasi infinie.




"Mais", me direz-vous, "si on ne peut pas rembourser, pourquoi faire semblant ?" C'est très simple.
Parce que ça permet aux banques de s'enrichir (elles prêtent à taux bas, mais à taux quand même), ça permet aux livres de comptes d'être équilibrés, et surtout... ça permet aux gouvernements de pressurer les citoyens ! De les culpabiliser ; de leur faire cracher le peu qu'ils gagnent ; de continuer à faire travailler 99% des gens pour enrichir les 1% les plus riches...
De prolonger le "système de domination".

La dette est donc un leurre. 
De nature politique et non économique. Nécessaire pour que les privilégiés conservent leur mode vie somptuaire. Mis en place par les propriétaires de la monnaie (les banques, les investisseurs, les quelques 8000 personnes qui possèdent 80% des richesses du monde) avec la complicité de leurs obligés, les politiciens et les media.

Tant que les gouvernants diront "il faut réduire les services publics parce que notre dette s'accroît", ils vous diront en face qu'ils se moquent de vos problèmes, de votre santé, de l'éducation de vos enfants. Que ce qui compte, c'est d'enrichir les riches.
Mais eux, ils n'ont pas vos problèmes : ils n'utilisent pas les services publics !

Un peuple d'Europe a récemment répudié sa dette, presque intégralement. 
Il en a également profité pour virer sa classe politique, rédiger une nouvelle Constitution et mettre quelques banquiers en prison. 
C'est le pays d'Europe qui est le plus vite sorti de la crise de 2008 : son taux de croissance, au dernier trimestre 2016, était de 11,3%. ONZE VIRGULE TROIS !..
En outre, c'est un pays souverain qui a dit "non" à l'€uro et à l'U.E.

À mon humble avis, c'est peut-être un exemple que nous devrions suivre...

samedi 6 mai 2017

L'ultra-libéralisme veut-il notre mort ?

Les politiques de l'Union Européenne, qui dictent leur conduite aux gouvernements nationaux, se construisent sur une idéologie économique unique, le "libéralisme", majoritaire au sein des partis de droite. Les partis de gauche, qui eussent préféré un social-libéralisme, voire un authentique socialisme garantissant l'égalité des citoyens, sont partout en déroute.
Les partis libéraux, forts de leurs succès électoraux vont pouvoir accélérer leur emprise sur l'appareil européen, et l'aboutissement logique de leurs efforts sera l'instauration du second étage de la fusée libérale : l'ultra-libéralisme.

Si on sait depuis Adam Smith ce qu'est la théorie libérale en économie, on se réfère généralement à Margaret Thatcher et à Ronald Reagan pour visualiser ce que sont les politiques ultra-libérales : dérégulation financière, abaissement des barrières douanières, réduction de l'intervention des États, privatisation des services publics, limitation du champ démocratique (pour plus de précisions économiques, voir l'école autrichienne, ses élèves, ses disciples).

Le but du libéralisme était de produire le bien-être de tous par la prospérité, en laissant agir la "main invisible du marché", et en faisant "ruisseler" cette prospérité de haut en bas.

Le but de l'ultra-libéralisme est tout autre : il s'agit de pousser jusqu'à ses limites la captation des richesses par une petite classe d'individus, déjà suffisamment riche pour pouvoir confisquer la monnaie et orienter son usage, déjà suffisamment puissante pour définir partout ce qu'est le droit ; in fine, pour se séparer du reste de l'appareil économique et juridique auquel se soumet le reste de l'humanité.

On pouvait critiquer le libéralisme en montrant qu'il s'apparentait à la prédation d'un renard dans un poulailler. On constatera que les ultra-libéraux se contentent de vouloir posséder l'intégralité du monde et de ses habitants.


L'ennemi de l'ultra-libéralisme est également le pourvoyeur de sa puissance : le peuple, le citoyen, le travailleur. Si la classe possédante passe parfois de mauvaises nuits, c'est qu'elle se sait à la merci d'une masse immense qui la déteste. Elle a jusqu'ici réussi à élever des digues et des remparts pour s'en protéger mais l'idéal ultra-libéral ne sera atteint que lorsque cette masse ne constituera plus une menace, qu'elle aura purement et simplement disparu.

La période étrange que nous vivons actuellement est la mise en œuvre de cette disparition.

Il faudra commencer par accumuler le plus de richesse possible dans le moins de mains possibles, afin d'en avoir le plus parfait contrôle (moins de cent personnes devront posséder plus que la moitié la plus pauvre des sept ou huit milliards d'humains). Il faudra utiliser toutes les ressources humaines et techniques pour diminuer le nombre de "producteurs de richesses" (par le chômage, la robotisation, la paupérisation, le suicide...). Puis, plus la manœuvre deviendra apparente, plus il faudra utiliser la classe médiatique, le divertissement et la désinformation pour détourner les soupçons, et entretenir la cécité, attiser les dissensions au sein de la multitude.

Et puis, quand tout l'appareil de production sera automatisé, robotisé, numérisé, il deviendra possible – enfin ! – d'éliminer totalement cette "charge sociale" si dangereuse et si pesante, devenue si inutile...

Évidemment, tout ça est un rêve, un rêve de riches, qui ne réalisera jamais !
Non pas parce qu'il faudra toujours faire travailler les pauvres pour que la classe oisive puisse continuer à l'être.
Non pas parce que les classes dominantes ont besoin de dominer d'autres classes pour se sentir exister. Même pas parce qu'un jour viendra où l'idéal de fraternité descendra sur l'humanité enfin réconciliée. Non, rien de tout ça.

Mais parce que viendra fatalement le moment, imprévisible, insoupçonnable, où, pendant que vous dormirez après avoir bu trop de Champagne ou de Daïquiri sur vos plages immaculées, ou trop festoyé dans les superbes clubs de vos cités sublimes, nous nous introduirons, nuitamment, silencieux, invisibles, dans vos palais de nababs.
Et nous vous dévorerons vivants, vous et vos enfants !

Nous avons déjà commencé à saper vos remparts, nous creusons déjà sous vos digues.

dimanche 30 avril 2017

Vers la mondialisation malheureuse !


La thèse de cet article est que nous n'avons pas besoin de gouvernement. Et que les temps difficiles que nous vivons sont une tentative violente et désespérée de la caste dirigeante pour nous persuader du contraire, afin de maintenir sa domination parasitaire.

Il y a deux façons d'Uberiser la société : publique ou privée.
Publique : l'État, une ville, une région crée des sites de mise en relation des besoins et des demandes. Les citoyens s'y croisent et y contractent. L'échange se fait de gré à gré. Si plusieurs pôles d'offres de services s'agrégeaient pour former des monopoles et déséquilibrer la relation contractuelle, les demandeurs réagiraient par l'organisation de boycotts, et de nouveaux opérateurs apparaitraient pour casser le monopole (c'est exactement ce qui s'est produit, sur le marché privé de la téléphonie mobile, avec l'irruption de "free"). Tout cela serait régulé publiquement et financé par l'impôt.

L'ubérisation privée est une poursuite de la relation de subordination instaurée par le "contrat de travail" mais sans la protection du contrat de travail, puisque sans contrat de travail ! C'est une conséquence de la volonté des opérateurs financiers de se débarrasser de la "masse salariale" (donc des salariés), pour augmenter à volonté leur marge bénéficiaire en confisquant une plus grande part de la richesse produite par le travailleur.
Le but ultime de l'opération : que chaque travailleur devienne une micro-entreprise indépendante, utilisable en tant que de besoin, et qu'il se charge lui-même de sa protection sociale selon ses moyens !
Ceux qui y voient une forme de la modernité ont oublié - ou jamais appris - ce qu'était le marché du travail entre le XVIe et le XIXe siècle : le travail à la tâche, ou à la pièce... ainsi que le cortège de misère, d'insécurité, de maladies, de violence, bref, de malheur que le droit du travail a réussi, à force de grèves, de révoltes puis de négociations, à soulager.

Mais nous sommes entrés dans un période de régression du droit, essentiellement due - pour ne pas dire uniquement - à la cupidité d'une classe possédante qui s'autorise à accaparer la quasi-totalité des richesses socialement produites. Une dizaine de ses membres possédant en personne autant de les 3,5 milliards d'humains les plus pauvres... Du jamais vu dans la galaxie !

Cette opération n'a été rendue possible que par la collusion des possédants et des politiques, dont l'objectif en terme d'existence est identique : le parasitisme (def. relation biologique entre deux êtres vivants où un des protagonistes — le parasite — tire profit d'un organisme hôte pour se nourrir, s'abriter et/ou se reproduire. Les organismes qui ne sont pas parasites sont qualifiés de « libres »).

Cette caste endogamique, qui est la seule à la surface du globe à produire le Droit, ne le produit qu'à son profit exclusif, au détriment de tous ceux qui, réellement, produisent, fabriquent, travaillent ; cela explique les circuits exotiques qu'emprunte la monnaie, les zones de convergence des grandes fortunes, les systèmes de rétribution différenciés, l'accumulation ciblée de la richesse.

La bonne nouvelle est que ce système de domination est en train de se fissurer, simplement parce qu'il pèse désormais sur la survie de l'humanité, qu'il devient de plus en plus difficile à justifier et que grâce à la circulation fluide et socialement homogène de l'information (contrairement à l'argent !), d'autres modèles de développement, porteurs de davantage de progrès et de justice, se font jour.

La mauvaise nouvelle, c'est que ce système inique tente par tous les moyens de perdurer, et qu'il ne rendra pas les armes avant de les avoir employées toutes : la désinformation pour empêcher l'opinion publique de se former ; le chantage pour effrayer et rançonner les plus faibles ; l'intégration fusionnelle de la classe politico-financière (ce qui se passe en ce moment dans l'élection présidentielle française) ; et finalement, la guerre, qui refera bientôt - hélas - son apparition en Europe.

La mondialisation économique, la "globalisation", ne durera plus très longtemps : ce fut une erreur funeste d'avoir voulu la construire contre les peuples, en espérant les uniformiser, sans égards pour leurs génies respectifs, leurs histoires, leurs géographies. Elle s'effondrera par pans, souvent dans la douleur, au fur et à mesure que de nouveaux modes d'organisation sociale fleuriront çà et là.
Sa plus éclatante défaite sera l'abandon final de l'économie monétaire, cause première du malheur des humains.
Ils n'oublieront jamais que ce mode de gestion de la planète Terre s'appelait : la "destruction créatrice".


lundi 30 mai 2016

Boycotter l'élection présidentielle de 2017 ?.. Chiche !





Tout le monde en convient : les dysfonctionnements de notre société sont nombreux, profonds, omniprésents. Ils résultent davantage de l'échec de notre système politique que des crises mondiales parce que nos institutions ne sont simplement plus en phase avec notre réalité sociale. Les avancées culturelles et technologiques de ces dernières décennies ont mis en lumière l'obsolescence, l'iniquité, l'inefficacité de notre mode de gouvernement et du fonctionnement de l'État.

En premier lieu, toute la dynamique politique française repose sur l'élection d'un homme, réputé providentiel : le président de la République, sorte de monarque constitutionnel, à la fois centre de gravité et clé de voûte de notre système de gouvernement. Il peut pourtant être adoubé par une minorité du corps électoral ; il peut aussi être élu sur un programme, puis en appliquer un autre sans devoir faire valider cette volte-face par les électeurs ; il peut choisir comme chef de gouvernement n'importe quelle personne, même désavouée par l'électorat ; il appartient lui-même à la classe sociale des représentants-non-représentatifs. Le passage du septennat au quinquennat a d'ailleurs accentué la pression de l'élection présidentielle sur notre calendrier politique, notamment parlementaire.

Ensuite, le Parlement, censé représenter l'ensemble des citoyens, n'est plus composé que des membres d'une seule classe sociale : la caste des citoyens aisés, fortunés, voire opulents. La représentation nationale n'est pas représentative du pays réel. Elle n'est donc pas apte à le comprendre : comment pourrait-elle résoudre ses difficultés ? Comment demander à ceux qui profitent des inégalités de les réduire ?

L'appareil d'État est ainsi dirigé par des intérêts étrangers aux aspirations profondes de la population : éducation de haut niveau, système de santé accessible à tous, protection des citoyens, sécurité sociale, contrôle de la qualité de l'environnement (air, eau, nourriture...etc), imposition progressive et équitable, justice rapide et impartiale, intégrité des dirigeants.

À tout cela, héritage des deux siècles postérieurs aux Lumières, s'ajoute aujourd'hui une volonté affirmée des citoyens de participer aux décisions politiques et au contrôle des budgets publics. La technologie et les moyens d'information et de communication le permettent : des expériences de démocratie directe, de budgets participatifs, de conseils citoyens sont engagées dans de nombreuses collectivités, dont, par exemple, la ville de Paris et ses arrondissements. D'autres pays les utilisent.

Le seul blocage à une mise en adéquation de notre système politique avec les évolutions rapides de nos sociétés développées tient à la volonté des dirigeants – économiques et politiques - de conserver jalousement leurs pouvoirs excessifs. Il est vrai qu'il n'existe aucun exemple de privilégié ayant un jour, spontanément, par souci éthique, renoncé à ses privilèges : la nuit du 4 août n'a pu avoir lieu que sous l'inquiétante pression des révolutionnaires. Mais il est tout aussi vrai qu'une révolution ne permet pas nécessairement d'obtenir ces avancées décisives pour l'avenir des peuples, du peuple français en tout cas : la Révolution de 1789 n'a pas, comme on l'admet naïvement, donné naissance à une démocratie mais à diverses oligarchies, royalistes, impériales ou républicaines.

Nous nous trouvons aujourd'hui dans un fonctionnement de l'État qui ressemble chaque jour davantage à l'Ancien régime : monarque et ses obligés, cour nobiliaire, aristocratie, gardes prétoriennes, petits marquis et barons, cercles de candidats rarement roturiers. La copie est conforme !

Et loin derrière, un peuple qui invente, découvre, excelle et se désole. Son rôle a été réduit à celui de machine à produire beaucoup et à consommer peu, quand l'essentiel des richesses et des pouvoirs est confisqué par une petite caste parasite qui lui parle à l'impératif.
L'arme dont dispose le peuple, pour répondre à la violence confiscatoire de l'État, est double : économique (arrêt de la production, réduction de la consommation, grèves) et politique (désobéissance civile, manifestations, refus de vote). La seule que nous n'avons pas utilisée de manière organisée est le refus, la grève du vote : une abstention massive et concertée.
Il est peut-être temps de montrer aux dirigeants la puissance du peuple autrement que par l'explosion de la violence : par la force du refus.

Un boycott citoyen de l'élection présidentielle aura pour premier effet la sidération du personnel politique, habitué à venir caresser le pelage du peuple quelques semaines avant le scrutin pour s'assurer de la qualité de la laine.



Un boycott de la présidentielle aura aussi pour effet de passer directement aux élections législatives, qui porteront ainsi un nouveau message : « Les grenouilles ne veulent plus d'un roi ! ». Il rétablira l'ordre calendaire normal de la république : le peuple ne gouverne pas à travers son président mais par ses représentants, libres de leur vote et non contraints par la volonté Élyséenne.
Un boycott enverra un message fort aux partenaires européens et aux oligarques de Bruxelles : « les Français sont pro-européens mais souhaitent rester souverains. » Aux peuples de concocter entre eux de nouvelles architectures politiques pour parvenir à concilier ces deux termes. Peut-être une fédération d'États souverains, peut-être autre chose. Les peuples ne manquent ni de volonté, ni de courage, ni d'imagination, contrairement aux «happy few».

De toute façon, qui croit sérieusement aujourd'hui, que l'élection d'un président, un homme comme les autres, quel qu'il soit, pourra répondre à l'ensemble des doléances, des frustrations, des volontés contradictoires, des exigences qui sourdent du cœur des peuples en de début de siècle ?

Personne, à part sans doute les candidats à cette élection inutile. Les naïfs. Les archaïques !

jeudi 14 avril 2016

Les "nuits debout", à quoi ça sert ?



Cessons de nous voiler la face : nous voici bel et bien de retour sous l'ancien régime !

La monarchie et sa cour ont été restaurées sous l'habile oxymore "démocratie représentative", les Compagnies de Sécurité n'ont plus de Républicaines que le nom, quelques âmes bien (et loin) nées décident de tout à notre place, plus aucun aristocrate digne de ce nom n'acquitte l'impôt : l'ensemble des gabelles, dîmes et octrois est puisée directement dans la poche du tiers-état, la nôtre.
La noblesse ne cache même plus son dédain pour la populace. Un affairiste mondain peut déclarer "je ne paie pas d’impôts, c’est un privilège et c’est très bien comme ça." sans plus encourir qu'un haussement d'épaules résigné : la nuit du 4 août s'est dissoute dans les Hanounâneries mondialisées, et la démocratie avec.
Quand au clergé, son rôle de complice des puissants est désormais dévolu à une noblesse de robe d'un genre nouveau : les médiatiques. On sait qu'un cuisinier, une chanteuse, un avocat, une architecte peuvent passer d'un plateau à un site web, d'une chaîne de télé à une station de radio,  d'une émission de divertissement à un rendez-vous politique, pour donner leur "analyse" sur la sociologie du moment, son de cloche fêlée qui prendra aussitôt valeur d'oracle. On sait aussi que cette "carte médiatique" se transmet aux descendants de manière dynastique : un fils d'acteur deviendra évidemment acteur, un fils de chanteur prendra le même pseudonyme que son père histoire d'y arriver plus vite, le talent d'un écrivain se retrouvera, étrangement, dans la production littéraire de sa progéniture.  
"Là où la possession d’un « statut médiatique » a pris une importance infiniment plus grande que la valeur de ce que l’on a été capable de faire réellement, il est normal que ce statut soit aisément transférable, et confère le droit de briller, de la même façon, n’importe où ailleurs." (Guy Debord)

En tout cas, personne ne prendra le risque d'y trouver à redire.

Nous sommes donc bien revenus à une oligarchie auto-réplicative, un entre-soi cadenassé par le même désir de privilèges, par la même terreur de l'éventuel réveil du peuple, par les mêmes distributions de miettes du festin et de promesses jamais tenues. Une société de classes, de castes qui ne se mélangent pas, qui ne vivent pas dans le même temps, dans les mêmes lieux, ni sous les mêmes lois.
Les aristocrates, les oligarques dominants, très riches, très peu nombreux, confisquent tout ce qui leur rend la vie agréable au détriment de la multitude : les espaces (plages, paysages, surfaces habitables...), la monnaie (plus-values, impôts, stock-options, convertibilité, évasions fiscales...), la connaissance (enseignement privé, études secrètes, rapports confidentiels...), le travail (chômage entretenu, organisation économique parallèle, Darknet...), jusqu'à l'eau potable et, prochainement, l'air qu'on ne respire déjà plus sans danger. 

Le système de domination est redevenu totalitaire au profit d'une minorité endogamique. Les peuples sont simples spectateurs d'un dramaturgie insipide qui les conduit vers l'abîme.
Car ces castes savent qu'elles vont mourir, et probablement dans un déferlement de violence insoupçonné : le peuple trahi ne fera pas de prisonniers.
Mais comme elles croient, dans leur immense narcissisme, qu'elles sont "l'élite de la Nation", que sans elles rien n'est possible ni ne fonctionne, que le peuple est un animal stupide – alors qu'elles tentent par tous les moyens de le maintenir sous le seuil de la raison – et qu'elles contrôlent tout au mieux de l'intérêt de tous, elles ignorent que ce moment approche : celui de l'insurrection qui (re)vient.


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Cette justice, qu'ils appellent "jalousie", est contenue en germe dans les Nuits Debout. Elles sont les prémisses, les balbutiements étonnés de cette liberté retrouvée qui balayera les inutiles, les parasites, les riches et leur système de confiscation de toutes les richesses. Quand les cercles de la cour constateront eux aussi – médiatiques, policiers, amuseurs en tout genre - qu'ils ont été bernés, floués, abreuvés de mensonges, alors il n'y aura pas de plage assez lointaine, de building assez haut, de bunker assez profond pour protéger les affameurs et les tortionnaires de ce peuple martyrisé qui demande, simplement, un monde équitable, la possibilité de vivre sans angoisse ; non pas dans l'opulence mais avec un revenu suffisant ; non pas sous la domination mais dans la coopération ; non pas par la concurrence mais grâce à l'émulation ; non pas de la rareté mais de la profusion.

C'est bien le vieux rêve d'une société sans classes qui se réveille dans les Nuits Debout. C'est une aspiration inscrite au cœur même des gènes de l'humanité : elle ne disparaîtra qu'avec elle.

mercredi 3 février 2016

Laïcité, mon amour !



Suite à la "Charte de la laïcité", un livret "laïcité" a été édité par le ministère de l'Éducation nationale, à l'usage des enseignants peu versés dans ce concept juridique subtil, mal compris et aujourd'hui très attaqué. 
Ce livret n'est pas exempt de quelques solides ambigüités, dont je livre ici au débat celles qui m'ont le plus troublé.

1°) D'abord, sur l'article 13 de la « charte de la laïcité à l'école » : « Nul ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l'École de la République. »
Il eût mieux valu, pour maintenir en cohérence les principes républicains, utiliser les termes « choix religieux » plutôt qu' « appartenance » qui semble essentialiser l'individu ou le groupe, et ainsi identifier la personne par une supposée appartenance à une tradition. On « n'appartient » pas à une religion, puisqu'on peut s'en défaire, en changer, l'abandonner, contrairement à une identité : toute religion est, in fine, un choix de l'individu et/ou de sa famille.

2°) Dans l'Édito de la ministre, au paragraphe 3 : « Elle s’appuie sur le nouvel enseignement moral et civique »
le choix du terme « moral » – la morale étant comprise aujourd'hui comme un ensemble de "bien" et de "mal" issus de la tradition judéo-chrétienne ou des commandements de la religion – il eût mieux valu lui préférer le terme d'« éthique » plus neutre, issu du registre philosophique plutôt que spirituel. Il est d'ailleurs utilisé dans le même paragraphe pour mentionner la neutralité du personnel de l'école dont « l'éthique professionnelle » est louée, et précède cette excellente formulation : « L’École de la République ne laisse aucun comportement contraire à ses valeurs prospérer en son sein. »

3°) Le paragraphe suivant s'ouvre sur cette étrangeté : « Ce livret est destiné aux chefs d’établissement, directeurs d’école mais aussi aux équipes éducatives de l’enseignement public. »
On aimerait savoir par quel privilège dérogatoire la Loi de 1905 ne serait pas applicable dans les écoles privées, qui semblent ainsi bénéficier d'une sorte d'extra-territorialité qu'on espérait circonscrite aux représentations consulaires.

4°) Page 4, dernier paragraphe : « Il est important d’expliquer que les devoirs liés à la laïcité sont une garantie pour les parents et les élèves car la laïcité protège contre tout prosélytisme et contre toute publicité idéologique et politique. »
Ce n'est pas la laïcité qui « protège » de tous les prosélytismes, qui d'ailleurs s'inscrivent (qu'ils soient religieux, économique, politique, idéologique) dans les débats entre élèves, hors des cours, lors des récréations, des interclasses, de la cantine... ) : c'est l'instruction, la formation de l'esprit critique par l'acquisistion du savoir, et l'usage de la raison qui permettent aux élèves d'être protégés contre tout endoctrinement et de pouvoir résister à toute propagande. Mais la laïcité interdit de facto tout prosélytisme de la part des enseignants et de l'institution.

5°) Page 5 : « L’École publique est laïque : la laïcité de l’École garantit la liberté de conscience et le respect des croyances. »
Problème : c'est justement parce qu'elle garantit la « liberté de conscience » que la laïcité permet de critiquer « toutes les croyances », même si tous les croyants ont eux, droit au respect. Cette phrase semble signifier qu'il serait attentatoire au respect des personnes de critiquer leur croyance, de s'en moquer, de blasphémer, d'être apostat ou prosélyte. Que dire alors de la défense de la liberté d'expression, dont on a pu mesurer, après les attentats de janvier, à quel point les citoyens y étaient attachés ?
Il faut noter que la Constitution déclare – hélas !– dans son article premier : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » On dirait plutôt aujourd'hui que la République « admet », « accepte », voire « tolère », toutes les croyances. Elle ne respecte évidemment pas la croyance que le clitoris des petites filles doit leur être coupé pour qu'elles accèdent au paradis : c'est contradictoire avec ses valeurs fondamentales.

6°) Le texte proclame avec justesse que « La laïcité de l’École permet la liberté d’expression des élèves dans les limites fixées par la réglementation et les règlements intérieurs des écoles et des établissements. » De même qu'elle empêche le prosélytisme des enseignants, la Loi de 1905 – mais ce n'est pas la seule – encadre également l'expression des élèves : le règlement intérieur est là pour le rappeler.

7°) Page 11/12 - En cas de conflit entre l'institution et une famille, on entre alors dans le « Cadre général du dialogue ». « Dans la conduite de ce dialogue, le directeur d’école ou le chef d’établissement doit être exemplaire, respectueux et sans préjugé à l’égard des intentions de l’élève. » C'est effectivement souhaitable, puisque la neutralité de l'institution, représentée par le chef d'établissement, doit prévaloir dans le débat avec une famille ou un élève, en cas d'entorse au principe laïque. « En particulier, il ne peut y avoir de remise en cause des convictions religieuses des élèves comme de leurs parents. » Là, c'est évidemment plus discutable, puisque si l'institution se prive du pouvoir d'affirmer sa neutralité vis-à-vis de toute croyance religieuse, d'opposer la séparation légale entre l'école et toute religion, de défendre la rationnalité et la scientificité de son enseignement, elle ne dispose plus de beaucoup d'arguments face au prosélytisme religieux, ou simplement sectaire. L'État demande donc à l'école républicaine de se battre avec un boulet au pied et un bras dans le dos...
« L’École accueille des enfants et des adolescents dont l’identité, la personnalité, l’autonomie, notamment en ce qui concerne les convictions personnelles en matière religieuse et politique, sont en cours de construction. » C'est l'évidence même, mais pourquoi spécifier « en matière religieuse et politique » lorsque ceci est vrai de TOUTES les convictions personnelles, qui évolueront avec l'âge ? Surtout, cette formulation met maladroitement sur un même plan une conviction politique, forgée dans le débat contradictoire, base de la démocratie, et une conviction religieuse, imposée à l'enfant par tradition ou dogmatisme, qu'il aura le devoir d'adopter sans discussion, sous peine de créer une distance, voire une scission, avec sa famille.

On insiste, page 14 : « Ce dialogue doit s’effectuer dans le respect explicite des convictions religieuses ou spirituelles des parents. » D'abord pourquoi « explicite » ?.. Le directeur d'établissement devra-t-il utiliser une formule spécifique, comme « J'ai beaucoup de respect pour Horus et ses douze disciples » en cas de famille traditionnaliste égyptienne ?..
Et pourquoi dans le respect des convictions « des parents » ? Si un jeune, issu d'une famille bouddhiste, souhaite se convertir au Caodaïsme, faudra-t-il respecter « explicitement » les convictions des parents, ce qui amoindrira encore la confiance de l'élève dans la neutralité de l'institution (la laïcité étant « l'élément majeur de la confiance que celle-ci doit savoir inspirer ») donc dans l'enseignement laïque ?

La circulaire du 18 mai 2004 relative à l’application de la loi du 15 mars 2004 indique que : « Les convictions religieuses des élèves ne leur donnent pas le droit de s’opposer à un enseignement. » Mais si les parents – et l'enfant (!) – sont créationnnistes, quel « respect » de leurs croyances un enseignant de SVT doit-il explicitement formuler ?

Page 17 : « L’enseignement des faits religieux est laïque : ce n’est pas un cours d’instruction religieuse. » Qu'entend-on au juste par « faits religieux » ? Le fait qu'il y ait des religions ne repose sur aucun événement historique attesté : tous les témoignages sont issus des « livres sacrés ». Font-ils alors partie du corpus universitaire ? Si non, alors enseigner des « faits religieux », par exemple la crucifixion de Jésus (qui est une hypothèse, en termes académiques), revient à dispenser un enseignement qui accrédite le contenu d'un livre religieux.

Page 17 encore : « éviter la confrontation ou la comparaison du discours religieux et du savoir scientifique. Dans les disciplines scientifiques (SVT, physique-chimie, etc.) il est essentiel de refuser d’établir une supériorité de l’un sur l’autre comme de les mettre à égalité. »
C'est alors l'exact contraire de la mission émancipatrice de l'école qui est imposée par le plus haut niveau de l'État ! Comment sortir de cette contradiction sans affirmer, justement, la prééminence du savoir scientifique et rationnel ?

Enfin, cette incantation quasi-jésuitique :
« Sans se risquer à la comparaison des discours scientifiques et religieux, il est tout à fait possible de déconstruire l’argument d’un élève comme on le ferait de n’importe quelle objection. Enseigner, c’est aussi savoir instaurer un dialogue avec ses élèves à l’intérieur de la classe. »


Bonne chance aux enseignants, qui avec un texte d'une telle ambiguïté vont se sentir épaulés et fermement soutenus par leur ministère !




mardi 15 décembre 2015

Révolution : mode d'emploi


Deux choses à faire pour révolutionner le monde et entrer dans un nouveau siècle des Lumières : d'abord se changer soi-même. Ensuite changer l'organisation sociale ; les deux sont liés et bien plus faciles à transformer qu'on le pense.
 
Pour se changer soi-même, il suffit (oui, il suffit !) de cesser de désirer ce qu'on nous montre : il n'existe aucun paradis, aucun politicien, aucune marchandise qui puissent nous rendre heureux. Nous pouvons nous faciliter la vie avec une nouvelle perceuse, nous sentir plus puissant au volant d'une  voiture neuve, mais ça ne nous conduira qu'à un semblant de bonheur : comme la marchandise est une drogue et la consommation une addiction créée par le dogme de la croissance, il nous faudrait sans cesse augmenter la dose et notre course finirait dans un platane, le surendettement ou la dépression.
 
Quelques instants de réflexion suffisent, en général, pour s'apercevoir qu'on n'a pas vraiment besoin de cette chose qu'on veut nous faire acheter. Attention, il n'est pas ici question, comme le prônent les bouddhistes, de museler tout désir pour atteindre le Nirvâna, mais seulement de rompre avec le fétichisme de la marchandise : le monde s'en trouve à jamais changé. Nous ne sommes plus hypnotisés par les publicités, nous prenons du recul par rapport aux histoires que racontent les media, nous regardons à deux fois le programme d'un politicien avant de lui accorder notre suffrage.... nous nous demandons même pourquoi il le réclame ! Et notre conscience répond : "ceux qui recherchent le pouvoir sont inaptes à l'exercer".

Voilà, vous n'êtes plus esclave de vos désirs - qui d'ailleurs ne sont pas les vôtres mais ceux qui, depuis l'enfance, vous ont été imposés par la convergence médiatique -  vous êtes désormais maître de vos choix ; La Boétie l'avait établi dès le XVIe siècle (Discours sur la servitude volontaire) : "Soyez résolu de ne plus servir, vous voilà libre." Pourquoi croyez-vous qu'on n'étudie pas La Boétie à l'école ?
 
La seconde chose à faire, pas plus compliquée même si elle prend un peu plus de temps (la résistance est évidemment plus forte) : en finir avec le vote, l'élection, le choix des maîtres, la démocratie "représentative".
 
Soyons clairs : il est ici question de réaffirmer, de continuer, d'approfondir l'instauration de la Démocratie, afin de parvenir à une véritable gouvernance du peuple ; mais qu'est-ce que le peuple ? C'est "l'ensemble des citoyens sur lesquels s'exerce le pouvoir de quelques uns" (Michel Onfray). 
Aristote avait déjà remarqué (Politéia, livre IV) que "l'élection conduit à l'oligarchie", c'est à dire au pouvoir de quelques privilégiés, ceux qui ont le luxe du temps, puisque la sagesse populaire a depuis longtemps compris que "le temps c'est de l'argent".
 
Reprendre le pouvoir des mains de ceux qui l'ont confisqué pour leur propre jouissance, voilà le vrai sens du mot "démocratie". Pourquoi le faut-il ? Pour résoudre dans le consensus les problèmes posés à la société sans en créer de plus compliqués. Pourquoi devons-nous nous en occuper nous-mêmes ? Parce que tout citoyen est le meilleur juge de ce qui est bon pour lui. "En ce qui concerne la prise des décisions, chaque adulte est le seul à même de juger de son intérêt propre" (Robert Dahl). Comment allons-nous libérer le temps nécessaire à notre propre gouvernance ? Nous allons "travailler moins, pour gouverner tous" grâce à l'instauration d'un "revenu inconditionnel". Pourquoi ne pas laisser la gouvernance aux professionnels de la politique ? Parce qu'ils sont devenus un frein au progrès de nos sociétés, un boulet aux chevilles de nos libertés, une caste aristocratique empêchant toute émancipation du simple citoyen, afin de conserver et d'accroître leurs privilèges : pour pouvoir améliorer la vie des gens, il faudrait d'abord savoir comment les gens vivent.
 
Désormais, plutôt que nous lancer dans des campagnes électorales coûteuses, polluantes et mensongères, nous nous inscrirons sur un vivier au sein duquel seront tirées au sort, pour un temps donné, les diverses assemblées chargées de résoudre les problèmes réels du pays. Au lieu d'une "Assemblée nationale" qui ne représente absolument pas les citoyens, c'est la "Nation assemblée" qui gouvernera. En cas de grosse difficulté, le référendum.
 
Quelle meilleure démocratie ? Pas de cumuls possibles, pas de corruption, une représentation au plus près, un impôt juste et ciblé, une gestion contrôlée des finances publiques, une économie au service des besoins, une justice équitable, une police républicaine, une éducation tirée vers le haut... Bref, le gouvernement du peuple par le peuple : "LA" Démocratie.
 
Comme le disait Churchill "C'est le pire système qui soit, à l'exception de tous les autres".